LA FORET DE CHAUX AU COURS DES ÂGES
Plus de la moitié de la superficie du canton
de Dampierre est occupée par la forêt de
Chaux, troisième massif forestier de France.
Avec ses 20 000 hectares, elle donne
l'impression d'une masse boisée qui n'en
finit pas. Mais, pour qui se donne la peine
de voir, d'entendre, de comprendre, elle se
révèle attachante, envoûtante même, avec de
ravissantes zones de fraîcheur propices aux
pique-niques, des ressources abondantes en
flore et en gibier et de pittoresques
souvenirs jalonnent sa longue histoire.
Sa
naissance remonte aux temps géologiques où
la plaine de la Saône formait un grand lac,
remontant jusqu'à Salans. Le Rhin de
son côté, au lieu de remonter vers l'Alsace,
obliquait sur la gauche et se joignait au
Doubs, charriant des tonnes de graviers et
de galets, arrachés aux flancs des Alpes, et
qu'il déposait à l'entrée du lac. Un grand
cône de déjection s'est ainsi formé,
recouvrant le calcaire de limons de l'époque
tertiaire. De là, tous ces cailloux
arrondis, qui apparaissent dans les vallons
sous la forme de buttes sèches, ou qui
gisent enfouis sous l'argile.
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Nos
ancêtres vivaient avec la forêt, jouissant,
de temps immémorial, d'une multitude de
"droits d'usage", que les chartes des souverains ont
reconnus officiellement au cours du
Moyen-âge. Ils coupaient des arbres pour
leurs charpentes, leurs meubles, leurs
outils de travail. Ils prenaient du bois
"mort ou vif" pour leur chauffage, et des
fagots pour allumer leurs feux ou tresser
leurs paniers. Ils récoltaient du miel, des
fruits sauvages, des champignons, des
écorces pour le tannage des cuirs. Ils
faisaient paître leurs vaches dans la forêt
pendant l'été et y conduisaient leurs porcs
pour la "glandée" pendant l'hiver.
Ils pratiquaient un va et vient continuel
entre les villages et la forêt, avouant qu'ils
ne pouvaient pas plus se passer de celle-ci
que de l'air qu'ils
respiraient. |
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Des
familles entières de bûcherons, de
charbonniers vivaient dans des baraques
primitives, au cœur de la forêt. Ces gens y
naissaient, voulaient y mourir, fuyaient les
étrangers, et certains d'entre
eux restaient plusieurs années sans aller
même jusqu'au village le plus
proche. Peu au courant des événements du
monde, menant au fond des bois une existence
pauvre et laborieuse, ils passaient pour
naïfs et subissaient moqueries et racontars.
Leur fierté se vengeait en répondant aux
railleurs :
"A
nous les pommes des bois, à vous les
cailloux des champs!.
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Au
cours des âges, profitant d'un combustible
abondant, des industries se sont fixées aux
abords de la forêt : forges de Fraisans
(1365), puis de Rans (1705), verreries de
Courtefontaine et de la Vieille--Loye,
poteries de Plumont et d'Etrepigney,
tuileries de Salans, Rans, La Bretenière,
salines d'Arc-et-Senans. Fraisans
à lui seul consommait 96 000 stères de
bois par an, et pour l'ensemble
des usines on peut avancer le chiffre de 200
000 stères. D'où la surexploitation de la
forêt, et les "vides", dont, 200
ans après, elle est encore malade.
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Une
telle consommation ne permettait plus aux
riverains de jouir de leurs droits. En proie
aux tracasseries des forestiers, ils se
livraient à de nombreux délits, punis d'amendes
sévères.
Les
rancœurs s'accumulaient peu à peu
et, en 1765, la lutte sournoise se changea
en révolte ouverte. Pour échapper à deux
compagnies de grenadiers venus pour les
arrêter, deux cents insurgés, déguisés et
masqués, se retranchèrent dans les
profondeurs des bois et ne se rendirent, au
bout de deux mois, qu'à cause des
sévices exercés sur leurs familles. La "Révolte des Demoiselles",
comme on l'a appelée, n'a pas été
inutile : 40 000 stères de bois de chauffage
furent attribués aux habitants des
trente-deux communautés touchant directement
la forêt (mais non aux autres, comme
Dampierre, exclue désormais de tous droits
en forêt de Chaux). |
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Le
Code forestier de 1827 a donné le coup d'envoi
à une série d'opérations qui se
déroulèrent tout au long du 19e siècle. Les
droits de pâturage furent supprimés, mais
les usages en bois d'œuvre et d'affouage
firent l'objet de "cantonnements",
c.a.d. que les communes riveraines reçurent
en pleine propriété une portion de forêt
proportionnelle à leur population, mais
furent exclues de tous droits dans la partie
centrale de la forêt, restée domaniale.
Celle-ci s'étend dès lors sur 13
000 hectares, tandis que les forêts
communales occupent les 7 000 hectares du
pourtour. |
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Entre temps, la forêt avait été partagée en
"triages", séparés par
des routes aboutissant aux villages voisins.
A leur intersection avec la route centrale
du "Grand Contour", on
érigea, en 1826, des colonnes dont le style
rappelle l'architecture d'Arc-et-Senans.
Elles servaient de poteaux indicateurs, avec
les noms des villages gravés sur leur
chapiteau. Il n'en reste que sept
ou huit, la septième, au croisement de la
route de Rans à Arc-et-Senans; ayant été
détruite par les Allemands au cours de la
guerre 1940-1945. La huitième est la moins
connue, mais la plus belle, entourée de ses
six bornes de protection : on y parvient en
empruntant la sommière carrossable de Fourg.
En 1990, la jeune
et prometteuse association des
Villages de la forêt a fait revivre,
dans son cadre naturel, le travail pénible
et magnifique des "Gens et
métiers de Chaux".
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